Écologie & Énergie

ITER est un tokamak expérimental, pas une centrale électrique

Dr. Elena Kozlova 9 min de lecture
Tokamak iter : chantier ITER à Saint-Paul-lez-Durance, anneau en construction

Publié par : — Rédactrice spécialisée en écologie & Énergie

Le tokamak ITER doit montrer qu’une réaction de fusion nucléaire peut produire beaucoup plus d’énergie qu’il n’en faut pour chauffer le plasma. Installé à Saint-Paul-lez-Durance, près de Cadarache, il ne fournira pourtant pas d’électricité au réseau. Sa mission est de tester les conditions scientifiques et industrielles nécessaires aux futures centrales de fusion.

ITER est un tokamak, mais pas une centrale nucléaire

Un tokamak est une machine en forme d’anneau, ou tore, qui utilise des champs magnétiques très intenses pour confiner un gaz transformé en plasma. Le mot vient d’un acronyme russe désignant une chambre toroïdale équipée de bobines magnétiques. Cette géométrie maintient les particules électriquement chargées à distance des parois.

Quiz : comprendre le tokamak ITER

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1. Qu’est-ce qu’un tokamak ?
Un tokamak est une machine annulaire dans laquelle un plasma est maintenu et contrôlé grâce à des champs magnétiques.
2. Quel est le rôle principal du confinement magnétique ?
Les champs magnétiques confinent le plasma afin qu’il reste très chaud sans toucher directement les parois du tokamak.
3. Quel rapport de puissance de fusion et de chauffage est visé par ITER ?
L’objectif expérimental est d’obtenir environ 500 MW de puissance de fusion avec 50 MW de chauffage du plasma. Le rapport est donc 500 ÷ 50 = 10.
4. Quelle affirmation décrit correctement ITER concernant la production d’électricité ?
ITER est conçu pour démontrer et étudier la fusion, pas pour produire de l’électricité destinée au réseau.
5. Quels combustibles sont utilisés pour la réaction de fusion étudiée dans ITER ?
La réaction de fusion étudiée utilise deux isotopes de l’hydrogène : le deutérium et le tritium.
6. Que prévoient les objectifs calendaires révisés mentionnés pour ITER ?
Le calendrier révisé mentionne un premier plasma visé en 2033, puis le début de la phase deutérium-tritium visé en 2039.

ITER signifie International Thermonuclear Experimental Reactor, soit « réacteur thermonucléaire expérimental international ». Le projet ne vise pas à alimenter le réseau, mais à démontrer qu’un plasma de fusion peut fonctionner à grande échelle, de manière durable et contrôlée. La machine doit produire 500 MW de puissance thermique de fusion avec 50 MW de puissance de chauffage injectée dans le plasma. Le rapport visé est donc de 10.

Fusion et fission : deux réactions très différentes

La fission nucléaire, utilisée dans les centrales actuelles, consiste à casser des noyaux atomiques lourds. La fusion suit le mouvement inverse : elle rapproche des noyaux légers. Dans ITER, les combustibles envisagés sont le deutérium et le tritium, deux isotopes de l’hydrogène. Leur fusion forme de l’hélium, libère des neutrons et dégage de l’énergie sous forme de chaleur.

Le deutérium est disponible dans l’eau. Le tritium, lui, est un combustible radioactif qui doit être produit, manipulé et recyclé avec rigueur. La gestion de ce cycle du combustible fait partie des sujets qu’ITER doit aider à maîtriser avant une éventuelle exploitation commerciale.

Comment le tokamak ITER crée et maintient un plasma

Le plasma est souvent présenté comme le quatrième état de la matière. Lorsque le gaz d’hydrogène est suffisamment chauffé, ses électrons se séparent des noyaux. L’ensemble devient électriquement chargé et peut être guidé par des aimants. Ce principe est indispensable, car aucun matériau ne pourrait contenir directement un plasma de fusion.

Du vide à l’ionisation du gaz

La chambre toroïdale est d’abord mise sous vide grâce à des pompes mécaniques et cryogéniques. Cette étape limite la présence d’impuretés. Du gaz est ensuite injecté, puis ionisé par un courant électrique. Le solénoïde central et les bobines du tokamak contribuent à créer le courant dans le plasma ainsi que les champs nécessaires à son contrôle.

Le chauffage ohmique ne suffit toutefois pas pour atteindre les conditions de fusion. Des systèmes complémentaires, dont l’injection de particules neutres, apportent davantage d’énergie. Pour rapprocher suffisamment les noyaux malgré leur répulsion électrostatique, le plasma doit atteindre environ 150 millions de degrés. La plage où les réactions deviennent possibles se situe généralement entre 150 et 300 millions de degrés Celsius.

Des aimants pour éviter tout contact avec les parois

Les bobines magnétiques et les aimants supraconducteurs forment une « cage » invisible autour du plasma. Celui-ci circule dans la chambre à vide sans toucher la première paroi. Le confinement ne consiste pas à immobiliser la matière. Il faut contrôler un milieu turbulent, chaud et instable en ajustant sa forme, sa position et sa densité.

Un tokamak réagit immédiatement à chaque réglage. Une perturbation du champ magnétique, une impureté ou une variation de densité peut modifier le comportement global du plasma. La fusion ne dépend donc pas uniquement d’une température élevée. Elle repose aussi sur des diagnostics rapides, des automatismes et un contrôle précis des instabilités.

Ce que les 500 MW d’ITER démontrent réellement

La puissance annoncée pour ITER est une puissance de fusion thermique, pas une puissance électrique livrée aux foyers ou aux entreprises. L’énergie issue de la réaction est principalement transportée par les neutrons sous forme de chaleur. Dans une future centrale, cette chaleur pourrait produire de la vapeur, faire tourner une turbine, puis entraîner un alternateur.

ITER ne comportera pas cette chaîne de production électrique. Il faut aussi distinguer le rapport de 10 entre la puissance de fusion et la puissance de chauffage du plasma de la consommation électrique complète du site. Le réacteur et ses installations peuvent consommer entre 110 et 620 MW d’électricité selon les phases, avec une pointe mentionnée de 30 secondes. Le gain de fusion est donc un indicateur scientifique important, mais il ne correspond pas encore au rendement net d’une centrale.

Installation Fonction principale Production d’électricité Repère de puissance
Tokamak de recherche Étudier le plasma et le confinement Non Variable selon la machine
ITER Démontrer un gain de fusion à grande échelle Non 500 MW thermiques visés
DEMO Rapprocher la fusion d’une exploitation industrielle Oui, objectif de démonstration 1 500 MW électriques envisagés
PROTO et centrales futures Préparer puis déployer l’exploitation commerciale Oui À définir selon les projets

Où se trouve ITER et qui le construit ?

Le tokamak ITER est implanté à Saint-Paul-lez-Durance, dans le secteur de Cadarache, en Région Sud. Le projet réunit sept membres : l’Union européenne via Euratom, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les États-Unis. Les composants sont fabriqués dans plusieurs pays avant d’être acheminés et assemblés sur le site français.

Cette organisation répartit les contributions scientifiques, industrielles et financières, mais elle accroît aussi la complexité du projet. Les pièces doivent respecter des tolérances très strictes, arriver dans le bon ordre et s’intégrer à des systèmes qui doivent fonctionner ensemble : chambre à vide, aimants, alimentation électrique, cryogénie, chauffage, diagnostics et dispositifs de sûreté.

Les retombées concernent aussi le tissu industriel local. Plus de 5 milliards d’euros de contrats ont été attribués à des entreprises françaises, dont près de 3,5 milliards d’euros à des entreprises de la Région Sud. ITER Organization emploie environ 1 000 personnes, tandis que près de 1 500 personnes travaillent chaque jour sur le chantier.

Calendrier, défis et étapes après le tokamak ITER

L’idée d’une coopération internationale autour d’ITER remonte à 1985. L’organisation a été créée le 24 octobre 2007. Le calendrier a ensuite été révisé pour intégrer les contraintes d’assemblage, de contrôle qualité et de préparation scientifique. Les premières expériences de fusion sont annoncées pour 2033, avec un objectif de pleine puissance mentionné pour 2035.

Les obstacles ne disparaissent pas avec la réaction de fusion

Maintenir un plasma pendant 400 à 600 secondes à la puissance visée reste un défi technique majeur. Les neutrons produits par la fusion sollicitent la première paroi et les matériaux internes, qui peuvent s’activer sous irradiation. Le divertor, chargé d’évacuer une partie de la chaleur et des particules, doit lui aussi résister à des conditions extrêmes.

La sûreté et la fin de vie font partie du programme. Le tritium exige des dispositifs de confinement et de récupération adaptés. Après l’exploitation, une phase de désactivation est estimée à 5 ans, suivie d’un démantèlement estimé à 10 ans à la charge de la France. La fusion présente des avantages potentiels, mais elle doit encore faire ses preuves dans la durée, notamment sur le plan industriel.

D’ITER à une électricité de fusion

ITER doit fournir les connaissances nécessaires à DEMO, une future centrale de démonstration susceptible de produire de l’électricité. L’horizon industriel évoqué pour DEMO se situe autour de 2040. Une première centrale commerciale est envisagée entre 2045 et 2050. Ces échéances restent des trajectoires de développement, qui dépendent des résultats obtenus sur le plasma, les matériaux, le tritium et la conversion de la chaleur en électricité.

Le tokamak ITER n’est donc ni une centrale prête à fonctionner ni une source d’électricité immédiate. C’est une machine expérimentale destinée à faire passer la fusion d’expériences plus petites à un système capable de préparer une exploitation énergétique future.

Dr. Elena Kozlova