Écologie & Énergie

ITER à Cadarache : 500 MW de fusion, mais aucune électricité sur le réseau

Dr. Elena Kozlova 8 min de lecture
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Publié par : — Rédactrice spécialisée en écologie & Énergie

ITER est un réacteur expérimental de fusion nucléaire implanté à Saint-Paul-lez-Durance, dans les Bouches-du-Rhône, à proximité du centre de Cadarache. Son objectif est de démontrer qu’un plasma de deutérium et de tritium peut produire beaucoup plus d’énergie de fusion qu’il n’en reçoit pour être chauffé. ITER n’est donc pas une centrale électrique et ne fournira pas d’électricité au réseau.

ITER à Cadarache : un laboratoire mondial de la fusion

Le nom ITER renvoie à l’idée de chemin. Le projet est aussi désigné par l’expression International Thermonuclear Experimental Reactor. Sa mission consiste à franchir une étape entre les expériences de laboratoire et une future centrale de fusion. À Cadarache, les équipes ne cherchent pas à commercialiser de l’énergie. Elles doivent vérifier que les technologies nécessaires peuvent fonctionner ensemble dans une machine de très grande taille.

Quiz : comprendre ITER et la fusion nucléaire

Répondez aux 6 questions, puis validez vos réponses pour découvrir votre score.

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1. Où ITER est-il situé ?

2. Quelle différence décrit correctement la fusion et la fission nucléaires ?

3. À quelle température environ le plasma doit-il être porté ?

4. Que signifie l’objectif Q = 10 d’ITER ?

5. Quel est le rôle principal des aimants du tokamak ?

6. Quelle est l’étape envisagée après ITER ?

Le programme réunit 34 pays. Les principaux membres ou groupes participants sont l’Europe, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les États-Unis. Cette coopération répartit la conception et la fabrication des composants entre de nombreux industriels et organismes de recherche. ITER Organization pilote l’ensemble, tandis que l’Europe s’appuie notamment sur Fusion for Energy, aussi appelé F4E.

Cadarache et Saint-Paul-lez-Durance : deux lieux à distinguer

Dans l’usage courant, on parle d’« ITER Cadarache ». Plus précisément, le site ITER se trouve sur la commune de Saint-Paul-lez-Durance, dans la Région Sud. Il est voisin du centre d’études nucléaires de Cadarache, ce qui explique ce raccourci géographique. Pour une recherche pratique, retenir Saint-Paul-lez-Durance, dans les Bouches-du-Rhône, permet d’identifier correctement l’implantation du tokamak.

La fusion nucléaire en termes simples : rapprocher deux noyaux

La fusion étudiée par ITER consiste à faire réagir deux isotopes de l’hydrogène : le deutérium et le tritium. Lorsqu’ils fusionnent, ils forment de l’hélium et libèrent de l’énergie. Le principe physique est le même que celui qui alimente les étoiles. Le reproduire de manière contrôlée sur Terre demande toutefois des conditions extrêmes.

Le combustible doit atteindre environ 150 millions de degrés Celsius. À cette température, la matière devient un plasma, c’est-à-dire un gaz ionisé composé de particules chargées. Aucun matériau ne pourrait contenir directement un milieu aussi chaud. Le défi consiste donc à chauffer le plasma, à le maintenir stable et à l’éloigner des parois, tout en mesurant et en contrôlant son comportement.

Fusion et fission : deux mécanismes différents

La fission, utilisée dans les réacteurs nucléaires actuels, casse des noyaux atomiques lourds. La fusion assemble des noyaux légers. Elle ne repose pas sur une réaction en chaîne du même type : si les conditions de température et de confinement ne sont plus réunies, la réaction s’interrompt. ITER doit néanmoins respecter des exigences strictes de sûreté, notamment pour le tritium, les matériaux activés et les opérations de télémaintenance.

Le tokamak ITER : une machine qui maintient le plasma à distance

ITER adopte l’architecture d’un tokamak, une chambre à vide en forme d’anneau, ou tore. Dans cette enceinte, de puissants aimants supraconducteurs créent des champs magnétiques qui guident le plasma sans contact avec la paroi. Le solénoïde central, les bobines et les systèmes de chauffage, de diagnostic, de contrôle et de cryogénie fonctionnent comme un ensemble indissociable.

Localisation du site ITER près de Cadarache

L’objectif annoncé est précis : obtenir 500 MW de puissance de fusion avec 50 MW de puissance injectée pour chauffer le plasma, soit un facteur de gain visé de Q = 10. Cette puissance correspond à l’énergie libérée dans le plasma. Elle ne doit pas être confondue avec de l’électricité livrée aux consommateurs. ITER consommera lui-même de l’électricité pour ses auxiliaires et ses installations.

Le plasma en combustion, un test majeur pour ITER

Lorsque la fusion deutérium-tritium se produit, elle libère notamment des particules alpha. Leur énergie peut contribuer à maintenir le plasma à haute température. C’est le principe du plasma en combustion. Obtenir cet état de manière maîtrisée fait partie des objectifs scientifiques du programme. Les impulsions visées peuvent durer de 400 à 600 secondes, bien au-delà d’une démonstration très brève.

La mise en route ne ressemblera pas à l’allumage instantané d’une centrale. Elle suivra une montée en puissance progressive : validation des aimants, essais des systèmes de chauffage, contrôle des diagnostics, campagnes avec différents combustibles, puis passage à des plasmas plus énergétiques. Chaque palier permettra de vérifier les marges de fonctionnement avant d’exposer les composants internes à des flux thermiques et neutroniques plus exigeants.

Du tritium au béton : les défis derrière les chiffres

Le tritium est rare et radioactif. Pour les futurs réacteurs, il faudra apprendre à le produire ou à le régénérer à partir du lithium grâce à des couvertures tritigènes placées autour du plasma. ITER doit tester ces modules et mieux maîtriser l’ensemble du cycle du combustible : injection, récupération, traitement et confinement. La gestion du tritium compte donc autant que la performance du plasma pour préparer les installations suivantes.

Repère Ce qu’il indique
500 MW Puissance de fusion visée dans le plasma
50 MW Puissance de chauffage injectée pour l’objectif Q = 10
23 000 tonnes Masse annoncée du tokamak
80 m × 80 m × 120 m Dimensions annoncées pour l’édifice du complexe
493 piliers Éléments en béton de la fosse d’isolation sismique

Le chantier montre l’ampleur de l’entreprise. Le complexe doit supporter une charge de 360 000 tonnes et intègre une protection parasismique capable d’absorber 10 centimètres de déplacements latéraux. L’assemblage mobilise environ 1 million d’éléments de haute technologie. Cette précision mécanique et structurelle compte autant que la physique : une future centrale de fusion devra être performante, maintenable et durable.

Après ITER : ce que le projet peut réellement préparer

Les premières expériences de fusion sont prévues en 2033, avec un objectif de pleine puissance mentionné pour 2035. Ces jalons correspondent à des étapes expérimentales. Le calendrier dépend de l’assemblage, des essais et de la validation de systèmes complexes. Lancé comme coopération internationale en 1985 et créé le 24 octobre 2007, le projet s’inscrit dans le temps long.

DEMO et PROTO, les étapes suivantes vers l’électricité

ITER doit fournir un retour d’expérience à DEMO, un projet de centrale de démonstration destiné à rapprocher la fusion d’une production électrique industrielle. Une puissance de 1 500 MW d’électricité est envisagée pour DEMO. PROTO désigne ensuite l’horizon d’un réacteur plus proche d’un modèle commercial. Une première centrale commerciale est évoquée entre 2045 et 2050, mais cette échéance dépendra des résultats techniques obtenus auparavant.

Pour le territoire, les retombées sont déjà mesurables. Plus de 5 milliards d’euros de contrats ont été attribués à des entreprises françaises depuis 2007, dont près de 3,5 milliards d’euros à des entreprises de la Région Sud. La construction a généré 3 000 emplois indirects sur 10 ans, tandis que 3 250 emplois indirects sont annoncés pendant 20 ans d’exploitation. ITER associe ainsi recherche expérimentale, industrie et développement des compétences dans la région.

Dr. Elena Kozlova