Écologie & Énergie

La physique nucléaire explique la stabilité du noyau et ses transformations

Dr. Elena Kozlova 9 min de lecture
Physique nucléaire : énergie de liaison du noyau, schéma protons neutrons

Publié par : — Rédactrice spécialisée en écologie & Énergie

La physique nucléaire étudie le noyau atomique, sa composition, sa stabilité et ses transformations. Elle décrit la radioactivité spontanée, les réactions qui alimentent les étoiles, la production de certains radioéléments médicaux et les phénomènes liés à l’énergie nucléaire. Pour commencer, il faut distinguer l’atome de son noyau : la majeure partie de la masse de l’atome se concentre dans un volume extrêmement réduit, où les lois de la mécanique quantique s’appliquent.

Le noyau atomique : un assemblage minuscule mais complexe

Un atome comprend un noyau central entouré d’électrons. Le noyau contient des nucléons : les protons, qui portent une charge électrique positive, et les neutrons, électriquement neutres. Le nombre de protons, noté Z, définit l’élément chimique. Le nombre total de protons et de neutrons correspond au nombre de masse, noté A.

Quiz de physique nucléaire : notions fondamentales

Répondez aux six questions, puis validez vos réponses pour découvrir votre score.

0 / 6 répondues Score : —
1. Quels constituants forment principalement le noyau atomique ?
2. Que sont deux isotopes d’un même élément ?
3. À quoi correspond l’énergie de liaison nucléaire ?
4. Quelle distinction est correcte ?
5. Quelle association entre émission et rayonnement est correcte ?
6. Quel rôle joue l’état excité d’un noyau ?
Constituant Charge électrique Rôle principal
Proton Positive Définit, avec les autres protons, l’identité chimique de l’élément
Neutron Nulle Participe à la cohésion et influence la stabilité du noyau
Électron Négative Intervient dans les propriétés chimiques de l’atome, hors du noyau

Isotopes, masse et identité chimique

Des atomes qui possèdent le même nombre de protons, mais un nombre différent de neutrons, sont des isotopes d’un même élément. Leur comportement chimique reste proche, car il dépend surtout des électrons et donc du numéro atomique Z. Leur comportement nucléaire peut toutefois changer nettement. Certains isotopes sont stables, tandis que d’autres se désintègrent spontanément : ce sont des radioisotopes.

Le noyau mesure quelques femtomètres, aussi appelés fermis. Un femtomètre vaut 10−15 mètre. Les phénomènes nucléaires se déroulent donc à une échelle extrêmement compacte, avec des énergies expérimentales allant de la fraction de MeV à plusieurs GeV. À cette échelle, les propriétés des objets ordinaires ne permettent plus de comprendre directement les phénomènes observés.

Pourquoi certains noyaux tiennent-ils ensemble ?

Les protons se repoussent par interaction coulombienne, car leurs charges électriques sont de même signe. Ils peuvent pourtant coexister dans le noyau avec les neutrons. Cette cohésion repose sur l’interaction nucléaire forte, une interaction attractive très intense, mais de courte portée, active à des distances de l’ordre de 10−14 mètre.

Énergie de liaison et équilibre précaire

L’énergie de liaison nucléaire correspond à l’énergie qu’il faudrait fournir pour séparer complètement les nucléons d’un noyau. Plus cette énergie est élevée par nucléon, plus l’assemblage est cohésif. La stabilité ne dépend cependant pas d’une seule valeur. Elle résulte de l’équilibre entre le nombre de protons et de neutrons, les effets quantiques et la répulsion électrique, qui augmente avec le nombre de protons.

Le noyau résulte donc de plusieurs effets physiques qui se compensent ou se renforcent. La cohésion entre nucléons agit à courte distance, tandis que la répulsion entre protons s’exerce à plus longue portée. Les nucléons occupent aussi des états quantifiés. Modifier le nombre de neutrons, exciter le noyau ou lui apporter une particule incidente peut déplacer cet équilibre et ouvrir une voie de transformation précise.

États fondamentaux et états excités

Comme tout système quantique, un noyau peut se trouver dans un état fondamental, qui correspond à son niveau d’énergie le plus bas, ou dans un état excité. Il peut alors perdre de l’énergie en émettant un rayonnement gamma. Cette émission ne transforme pas nécessairement l’élément chimique : elle traduit souvent la désexcitation du noyau après une réaction ou une désintégration préalable.

Radioactivité, fission et fusion : trois phénomènes à ne pas confondre

Ces termes appartiennent tous au domaine nucléaire, mais ils désignent des mécanismes différents. La radioactivité est la transformation spontanée d’un noyau instable. La fission et la fusion sont des réactions nucléaires au cours desquelles la composition des noyaux change à la suite d’une interaction ou d’une collision, dans les conditions appropriées.

Phénomène Principe Exemple de résultat
Radioactivité Transformation spontanée d’un noyau instable Émission alpha, bêta ou gamma
Fission Scission d’un noyau lourd en noyaux plus légers Fragments, neutrons et énergie libérée
Fusion Assemblage de noyaux légers Noyau plus lourd et énergie libérée dans certaines conditions

Les émissions alpha, bêta et gamma

  • La radioactivité alpha correspond à l’émission d’une particule composée de deux protons et de deux neutrons.
  • La radioactivité bêta transforme un neutron en proton, ou un proton en neutron, par l’interaction faible. Elle existe notamment sous les formes bêta moins et bêta plus.
  • La radioactivité gamma correspond à l’émission d’un rayonnement électromagnétique lors de la désexcitation d’un noyau.

La nature du rayonnement, son énergie et sa capacité de pénétration diffèrent selon le type d’émission. L’évaluation d’une exposition dépend aussi de l’activité de la source, de la durée, de la distance, de l’écran utilisé et de la voie d’exposition éventuelle.

Réactions provoquées et collisions

La physique nucléaire ne se limite pas aux désintégrations spontanées. Dans les accélérateurs, des faisceaux de particules ou de noyaux permettent de provoquer et d’étudier des collisions. La diffusion élastique renseigne sur la structure sans modifier durablement les partenaires. La diffusion inélastique les excite. Les réactions de transfert échangent des nucléons, tandis que la spallation et la multifragmentation peuvent produire de nombreux fragments. Les physiciens analysent les particules détectées et les sections efficaces pour identifier les mécanismes en jeu.

Des applications de la médecine aux étoiles

La physique nucléaire est une discipline fondamentale dont les résultats trouvent des applications concrètes. En médecine nucléaire, des radioéléments servent à observer certains processus physiologiques ou à délivrer un traitement ciblé. Leur utilisation dépend du choix de l’isotope, du type de rayonnement, de la période de désintégration et du protocole de radioprotection.

Dans le domaine énergétique, la fission correspond au principe physique exploité dans les réacteurs. La fusion est au cœur de la production d’énergie des étoiles et fait l’objet de recherches dédiées, notamment autour d’ITER. Ces deux voies ne mobilisent ni les mêmes noyaux, ni les mêmes conditions physiques, ni les mêmes contraintes techniques.

La nucléosynthèse, histoire nucléaire de la matière

La nucléosynthèse étudie la formation des noyaux et des éléments chimiques. Elle relie la physique nucléaire à l’astrophysique : les réactions au sein des étoiles, les événements explosifs et la matière dense contribuent à déterminer l’abondance des éléments dans l’Univers. L’étude de noyaux rares ou exotiques aide à modéliser des environnements qui ne peuvent pas être reproduits intégralement sur Terre.

Étudier et travailler en physique nucléaire

Un parcours commence généralement par une formation solide en physique, en mathématiques et en mécanique quantique, avant une spécialisation en physique nucléaire, en physique des particules, en instrumentation ou en sciences des matériaux. Les compétences pratiques occupent une place importante : analyse de données, programmation, électronique de détection, simulation et traitement du signal sont courants en laboratoire.

Le Cnam propose une formation de physique nucléaire fondamentale d’environ 50 heures. Elle attribue 6 crédits et comprend un examen final de 3 heures. Son programme aborde notamment le noyau atomique, les désintégrations radioactives, les radioéléments naturels et de synthèse, ainsi que les filiations radioactives.

La recherche s’organise aussi autour d’établissements et de communautés scientifiques comme le CEA, le CNRS, l’IN2P3, le LPSC et la Société Française de Physique. Les débouchés couvrent la recherche fondamentale, le secteur médical, l’énergie, la sûreté, l’instrumentation et le calcul scientifique. La physique nucléaire relie ainsi l’étude de la matière à des technologies de mesure et d’analyse de haute précision.

Dr. Elena Kozlova