ITER en France : 180 hectares, 467 M€ des collectivités locales et un démantèlement à la charge du pays hôte
Publié par : Dr. Elena Kozlova — Rédactrice spécialisée en écologie & Énergie
Les néerlandophones qui tapent « ITER Frankrijk » veulent généralement savoir trois choses : où se trouve exactement ce réacteur, pourquoi la France l’accueille, et ce que le pays hôte y engage. ITER, mot latin qui signifie « chemin », est un réacteur expérimental de fusion nucléaire installé à Saint-Paul-lez-Durance, dans les Bouches-du-Rhône, au cœur de la région Sud (Provence-Alpes-Côte d’Azur).
Où se trouve ITER, et pourquoi en Provence ?
Cadarache, une parcelle de 180 hectares
Le site s’étend sur 180 hectares, dont une plateforme de 42 hectares où se dresse le chantier proprement dit. Il se situe aux coordonnées 43°42′28″N, 5°46′39″E, à côté du centre du CEA de Cadarache, entre Aix-en-Provence et Manosque. L’accès routier passe par la sortie 17 de l’A51. Les pièces les plus volumineuses arrivent, elles, par l’« itinéraire ITER », un parcours de convois exceptionnels qui part de Fos-sur-Mer.

La décision de juin 2005
Le choix de la France a été arrêté en juin 2005 par les sept membres du projet, au terme de deux ans de négociations. Le Japon proposait un site concurrent à Rokkasho, et l’issue a pris la forme d’un compromis entre les deux candidatures. Le dossier français reposait sur des critères techniques stricts (sismicité, hydrologie, accès à l’eau et au réseau électrique) et sur un environnement scientifique déjà en place grâce au CEA. Fin 2005, la toute première équipe ITER comptait six personnes. L’organisation internationale a été créée le 24 octobre 2007.
Ce qu’ITER cherche à prouver
Un tokamak pour faire fusionner l’hydrogène
ITER est un tokamak, une chambre en forme de tore où un plasma est confiné par des aimants supraconducteurs. Le combustible associe deux isotopes de l’hydrogène : le deutérium, présent dans l’eau, et le tritium, produit à partir de lithium. Le plasma doit atteindre 150 millions de degrés. L’objectif porte un nom, Q=10 : injecter 50 MW pour obtenir 500 MW de puissance de fusion, pendant des durées de 400 à 600 secondes. Cette réaction auto-entretenue n’a encore jamais été démontrée. La chaleur produite sera évacuée, mais ITER ne produira pas d’électricité.
Un souffle par à-coups, pas un feu de forge
Dans une forge, le soufflet attise un foyer en continu : plus on souffle, plus le feu monte. Un tokamak raisonne à l’inverse. Rien ne sert de nourrir le brasier, il faut surtout le tenir à distance des parois, par champ magnétique, assez longtemps pour qu’il s’entretienne. ITER fonctionne donc par impulsions, et non en flux continu. L’installation appelle de 110 à 620 MW de puissance électrique pendant une trentaine de secondes à chaque pic, avant de retomber. Ce rythme explique que le site doive être relié à un réseau électrique solide, l’un des critères qui ont pesé en faveur de Cadarache.
Ce que la France a promis en tant que pays hôte
Le terrain, les réseaux et l’accueil des familles
Le pays hôte livre le site préparé, avec les travaux de défrichement et les raccordements nécessaires. Une Agence Iter France assure le lien avec l’organisation internationale. Pour accueillir les familles des expatriés, l’École internationale de Manosque a ouvert en 2007 avec 130 élèves de 3 à 18 ans. Elle compte aujourd’hui 909 élèves de 30 nationalités, dont environ 65 % d’enfants du personnel d’ITER, avec 6 sections de langues et un internat de 50 places ouvert en 2010. La Région a financé l’établissement à hauteur de 55 M€, et il a été labellisé HQE.
Une facture locale et une fin de partie
Les collectivités locales (six départements, la Région et le Pays d’Aix) ont apporté 467 M€, dont 152 M€ pour la Région Sud. Surtout, l’engagement qui pèse sur le long terme est le démantèlement : après l’exploitation, cinq ans de désactivation, puis dix ans de démantèlement à la charge de la France. Le site est une installation nucléaire de base soumise au contrôle de l’autorité de sûreté nucléaire. Le pays hôte accueille donc aussi la fin du cycle de vie de la machine.
Où en est le chantier, et pourquoi le calendrier a glissé
Assemblage et calendrier révisé
L’assemblage du tokamak a commencé en 2020. Le solénoïde central, un aimant supraconducteur pulsé, se compose de six modules fournis par les États-Unis, dont quatre sont déjà empilés. Chaque membre livre une grande part de ses apports en nature, ce qui fait d’ITER un puzzle industriel mondial. Le calendrier a été révisé : les premières expériences, menées à l’hydrogène, sont prévues à partir de 2033, avec une pleine puissance visée en 2035. Le deutérium-tritium vient ensuite. Les sources divergent légèrement sur certaines échéances et sur le nombre de membres : sept pour l’organisation, tandis que d’autres pays sont associés, comme la Suisse.
Retards, coûts et concurrence
Les pages institutionnelles parlent peu des critiques, pourtant réelles : retards successifs, dépassements budgétaires, réparations de boucliers thermiques et de secteurs de la chambre à vide. À cela s’ajoute la concurrence de start-ups privées de la fusion, qui promettent des machines plus compactes. Le débat porte sur le rapport coût-bénéfice d’un financement public, face à des résultats encore à démontrer.
Retombées pour la région et suite du programme
Emplois et contrats
Depuis 2007, plus de 5 Md€ de contrats ont été attribués à des entreprises françaises, dont près de 3,5 Md€ en Région Sud. ITER Organization emploie environ 1 000 personnes, et le chantier en mobilise environ 1 500. Un master « Sciences de la fusion et des plasmas » rassemble par ailleurs 10 universités et écoles d’ingénieurs.
Après ITER : DEMO et PROTO
ITER est une machine d’expérience, pas une centrale. Si les résultats sont concluants, DEMO viserait 1 500 MW d’électricité, suivi de PROTO, avec une centrale commerciale envisagée vers 2045-2050. Pour un lecteur de Belgique ou des Pays-Bas, le plus utile est de retenir ceci : la France prête le terrain, une partie des fonds locaux et la gestion finale du site, mais le pari scientifique est collectif.
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