Écologie & Énergie

La transition énergétique réduit les fossiles, mais ne se limite pas aux renouvelables

Dr. Elena Kozlova 7 min de lecture
Transition énergétique def : réduire les fossiles, schéma et réseau électrique

Publié par : — Rédactrice spécialisée en écologie & Énergie

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La transition énergétique transforme la manière dont une société produit, distribue et consomme l’énergie. Elle vise à réduire la dépendance au charbon, au pétrole et au gaz, responsables d’une grande part des émissions de gaz à effet de serre. Elle repose sur plusieurs leviers : des sources bas carbone, une baisse des consommations, l’électrification de certains usages et l’adaptation des réseaux.

Une définition simple : changer le système, pas seulement les centrales

La transition énergétique ne consiste pas uniquement à installer des panneaux solaires ou des éoliennes. Elle fait évoluer l’ensemble du système énergétique : les sources d’énergie, les bâtiments, les transports, l’industrie, les réseaux et les habitudes de consommation. L’objectif est de fournir les mêmes services, se chauffer, se déplacer, produire ou s’éclairer, avec moins d’énergie et moins d’émissions.

Testez vos connaissances sur la transition énergétique

Elle concerne d’abord le mix énergétique, c’est-à-dire la répartition des sources utilisées dans un pays ou un territoire. Les énergies fossiles sont des énergies de stock : elles proviennent de ressources limitées, formées sur des millions d’années. Le soleil, le vent, les marées et la chaleur de la Terre sont, eux, des énergies de flux. Leur disponibilité dépend des phénomènes naturels et des conditions locales.

Décarboner n’est pas synonyme de renouvelable

Une énergie renouvelable se reconstitue à l’échelle humaine. Le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité, la biomasse, la géothermie et l’énergie marémotrice entrent dans cette catégorie. Une énergie bas carbone émet relativement peu de gaz à effet de serre lors de son exploitation. Le nucléaire, qui utilise de l’uranium et n’est donc pas renouvelable, appartient généralement à cette seconde catégorie. La transition peut ainsi associer des renouvelables et d’autres sources bas carbone, selon les choix techniques et politiques de chaque pays.

Pourquoi réduire les combustibles fossiles ?

Le charbon, le pétrole et le gaz restent utilisés pour les transports, le chauffage, certains procédés industriels et la production d’électricité. Leur combustion libère du dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre. Réduire leur place répond donc à un enjeu climatique. Cela limite aussi la dépendance économique et géopolitique à des ressources importées, dont les prix peuvent varier fortement.

La notion de transition énergétique a été formulée dès les années 1960 par Harrison Brown. Elle s’est ensuite diffusée en Allemagne et en Autriche dans les années 1980. Au XXIe siècle, elle est devenue une préoccupation mondiale, à mesure que les politiques climatiques ont cherché à orienter les économies vers la neutralité carbone. En France, l’objectif mentionné pour 2030 est d’atteindre 33 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale brute. La neutralité carbone est visée à l’horizon 2050.

Produire moins de carbone, mais aussi moins d’énergie

Remplacer une énergie fossile par une source moins émettrice est nécessaire. Cela ne suffit pas si la demande totale continue d’augmenter fortement. La transition repose donc sur trois leviers complémentaires : la sobriété, qui évite les consommations inutiles ; l’efficacité énergétique, qui permet d’obtenir le même service avec moins d’énergie ; et la décarbonation de l’énergie encore utilisée.

  • La sobriété peut passer par une température de chauffage adaptée, des déplacements évités ou mutualisés et des équipements conservés plus longtemps.
  • L’efficacité concerne par exemple l’isolation d’un logement, l’achat d’un appareil plus performant ou l’optimisation d’un procédé industriel.
  • La décarbonation remplace progressivement les combustibles fossiles par de l’électricité bas carbone, des renouvelables, du biométhane ou, dans certains cas, de l’hydrogène produit avec une électricité peu carbonée.

L’électricité devient centrale, avec des réseaux à transformer

L’électrification des usages est l’un des piliers de la transition. Une pompe à chaleur peut remplacer une chaudière fossile, un véhicule électrique un véhicule thermique et certains procédés industriels peuvent basculer vers l’électricité. Selon RTE, l’électricité représente aujourd’hui 25 % de l’énergie consommée en France. Sa part devrait dépasser 50 % dans le mix énergétique français en 2050. RTE indique aussi que l’électricité française est décarbonée à 95 %, tandis que les énergies fossiles représentent encore 60 % de l’énergie consommée en France.

Le réseau, ce corridor discret entre production et usages

Le réseau électrique relie des lieux de production parfois éloignés aux logements, aux gares, aux ateliers et aux zones industrielles. Avec des productions renouvelables souvent réparties sur le territoire, il faut raccorder davantage de sites, renforcer certaines lignes et piloter les flux au bon moment. Selon RTE, une partie du réseau français a entre 70 et 100 ans. L’adaptation des infrastructures compte donc autant que la construction de nouvelles capacités de production.

Intermittence, stockage et flexibilité : les conditions d’un système fiable

Le solaire et l’éolien dépendent de l’ensoleillement et du vent. Cette variabilité ne les rend pas inutilisables, mais elle impose d’organiser le système avec des prévisions météorologiques, une diversification géographique, du stockage, des moyens de production pilotables, des interconnexions et une modulation de certains usages. La flexibilité énergétique consiste à adapter la consommation ou la production aux moments où l’électricité est disponible. Recharger certains équipements en dehors des pointes de demande en est un exemple.

Levier Ce qu’il change Exemple concret
Sobriété Réduit le besoin d’énergie Limiter le chauffage des pièces inoccupées
Efficacité Diminue les pertes pour un même usage Isoler une toiture ou remplacer un équipement énergivore
Électrification Substitue certains usages fossiles Passer d’une chaudière au fioul à une pompe à chaleur
Flexibilité Équilibre production et consommation Décaler une recharge vers les périodes disponibles

Transition énergétique et transition écologique : quelle différence ?

La transition énergétique est une composante de la transition écologique, mais les deux expressions n’ont pas le même périmètre. La première porte sur l’énergie : les sources, les infrastructures, les usages et les émissions associées. La seconde englobe aussi la biodiversité, l’eau, les sols, les matières premières, les déchets, l’alimentation, l’urbanisme et les modes de production.

Une technologie peut améliorer le bilan carbone tout en soulevant d’autres questions écologiques. Les équipements électriques, les batteries, les panneaux photovoltaïques et les éoliennes nécessitent notamment du cuivre, du cobalt, du nickel, des terres rares ou d’autres matériaux critiques. La transition ne peut donc pas être évaluée uniquement à partir des émissions produites pendant l’usage. Il faut aussi examiner l’extraction, la fabrication, la durée de vie, le recyclage et les effets sur les territoires.

Les limites à anticiper pour une transition juste et crédible

Le mot « transition » peut donner l’impression qu’une source d’énergie en remplace simplement une autre. L’histoire énergétique montre plutôt une addition des sources : de nouveaux équipements s’ajoutent sans que les consommations fossiles reculent suffisamment vite. La priorité est donc de réduire réellement les usages fossiles, et non d’ajouter des capacités dans un système qui consommerait toujours davantage.

Des arbitrages sociaux, industriels et territoriaux

La transformation demande des investissements importants. L’estimation citée par Novethic évoque plus de 4 000 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 pour respecter les accords de Paris. Elle modifie aussi les emplois, les compétences et l’organisation des territoires. Une transition acceptable doit éviter que les ménages modestes supportent seuls le coût des rénovations ou des changements de mobilité. Les habitants doivent également pouvoir être associés aux projets qui transforment leur cadre de vie.

Les États, les collectivités, les entreprises, les gestionnaires de réseaux et les citoyens ont des responsabilités complémentaires. À l’échelle individuelle, réduire le gaspillage, isoler lorsque c’est possible, privilégier les trajets sobres et choisir des équipements adaptés contribuent à faire baisser la demande. Ces actions ne remplacent ni les politiques publiques, ni les investissements dans les réseaux, ni les règles qui orientent l’industrie et l’aménagement du territoire. La transition énergétique est une transformation collective. Elle devient crédible lorsqu’elle réduit en même temps les émissions, les inégalités et les vulnérabilités énergétiques.

Dr. Elena Kozlova